Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 21:13
buraq.jpgDéjà, penser à créer une mission parlementaire, coûteuse, tant en termes de moyens qu’en terme de temps pour des députés, pour 367 femmes portant la burqa dans notre pays (chiffre officiel du Ministère de l’Intérieur), certains trouvent ça gros.

N’y a-t-il pas des problèmes qui touchent un plus grand nombre de citoyens, pour lesquels il est nécessaire de trouver une solution ?
 
Mais lorsqu’on se propose de former une mission pour évaluer une problématique, si futile soit-elle, on se donne les moyens d’en tirer quelque chose.

Et parmi ces moyens, il y a la méthode d’analyse, et l’envie d’apprendre.
 
Or les parlementaires en question n’ont visiblement aucune envie d’analyser et de comprendre. Ils ont décidé avant les auditions et toutes les personnes qui ont un point de vue différent du leur sont considérés comme des épines dans le pied d’un plan déjà tracé.
 
Quelques exemples :
 
Yazid Sabeg, commissaire à l’égalité et à la diversité des chances, avait déclaré : "La crise s’aggrave dans les quartiers, note-t-il, et les tensions sociales sont à leur maximum. Il n’y a plus de travail, plus de logement, le système éducatif ne remplit plus son rôle....Occupons nous de ces vrais sujets. Au lieu de cela, la polémique sur la burqa va rouvrir des frustrations, des antagonismes, des racismes alors qu’il faut au contraire rassembler les Français".
Résultat, il s’était opposé à la mission, donc 9 députés ont demandé sa démission...
 
Jean Baubérot, titulaire de la chaire d’histoire et sociologie de la laïcité à l’École pratique des hautes études, a évoqué les raisons pour laquelle il pensait qu’une loi sur la burqa serait une erreur. Les parlementaires de la mission l’accusent alors d’être coupé de la réalité. Ils savent déjà tout. Ce qui se résume à une intervention du député Pierre Forgues :
"En dépit de toute l’estime que j’ai pour les intellectuels et pour votre travail, je dois dire que votre idée selon laquelle une loi irait à l’encontre de l’objectif que nous visons, n’est pas fondée en réalité."
La messe est encore une fois dite. Pas d’argumentation, nous n’accepterons pas de contradiction.
 
Autre exemple, Tarik Ramadan. L’homme est intelligent. Il sait de quoi il parle. Universitaire et conférencier brillant, considéré internationalement comme un grand spécialiste de l’islam, musulman lui-même, son audition est quelque peu houleuse. Attaques personnelles, procès d’intention, jusqu’à ce qu’un parlementaire dise en substance : "je vous avais bien dit qu’il ne fallait pas l’inviter, il n’y a rien à en tirer". Pourtant son intervention était pleine de bon sens. Pour qui a suivi l’audition, il n’y a pas de doutes sur le niveau intellectuel de chacun. Ramadan l’emporte haut la main, mais il ne va pas dans le sens de la mission...
 
Et puis il y a la femme au niqab. Elle est française d’origine marocaine, retire son voile devant la mission, et s’exprime. Elle a choisi d’elle même le voile intégral. Pour elle c’est une question de religion, un choix de spiritualité. Mais le président de la mission déclarera :
"La dame nous a longuement expliqué qu’elle n’a de comptes à rendre qu’à Dieu. Elle nous a semblé très militante", a dit M. Gérin. "Cela nous a renforcé dans l’idée que le voile intégral n’a rien à voir avec la République".
Parce que Monsieur Gérin du parti communiste, lui, n’est pas militant ? Oui, mais militant anti-burqa, c’est pas pareil...
 
Même Antoine Sfeir (directeur des "cahiers de l’orient") a déclaré qu’il fallait replacer le débat sur ses deux pieds, qui sont la laïcité et l’intégration. "La laïcité ne doit pas être anti-religieuse ou a-religieuse, elle doit être ouverte et partagée". "Moi je ne veux pas être toléré, je veux être reconnu dans mon altérité" que "la laïcité englobe et ne dénie pas". Et il déclara qu’en aucun cas il ne fallait légiférer sur le voile.
 
Mais rien ne changera l’avis de la mission qui n’a pas décidé d’apprendre quoi que ce soit.
Pourquoi alors de telles dépenses de temps et d’argent ?
 
Tous les intervenants opposés à une législation sur la burqa sont persuadés que la burqa et le niqab ne sont pas justifiés par la lecture du Coran (à part bien sûr la jeune femme portant le niqab elle-même).
 
Lorsqu’on décide de s’informer, on s’informe. On écoute, on réfléchit, on apprend.
 
Mais dès le départ, le but était tout autre. Tous bords confondus, l’extrême droite avec Myard, les communistes avec Gérin, tous trompent la France et utilisent leur position pour donner le change. Cette mission ne sert à rien, sinon à justifier une prochaine loi pour laquelle on dire "ça a été vu à l’assemblée, on a pris le temps d’enquêter".
 
367 burqas, c’est tout de même moins que nos 577 députés.
 
La prochaine mission parlementaire devrait être nommée "du bon emploi des 577 députés de l’assemblée."
Par Louis
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Mercredi 23 septembre 2009 3 23 /09 /Sep /2009 20:26

Voici un extrait d'un chapitre du livre sur lequel je travaille depuis quelques mois. Le sujet est passionnant, "sectes et anti-sectes en France", et parfois on ne sait plus qui est qui dans ce conflit étonnant. J'ai lu pas mal pour attaquer le sujet, la presse, les forums, Internet, les études diverses des pour et des contre...

Mais ce petit passage du futur livre me fait souvent sourire :

 "L'ingrédient indispensable : les anciens adeptes

Dans la lutte anti-sectes, il fallait l'ingrédient sans lequel rien n'est possible, le ciment qui donne toute sa légitimité au combat, la preuve qu'on peut s'en sortir et témoigner : l'ancien adepte.

Toutes les sectes ont leurs anciens adeptes. Parmi eux, la grande majorité ne se prononcent jamais sur leur passage dans le mouvement qu'ils fréquentaient assidûment. Une page est tournée, elle est parfois un bon souvenir, parfois un calvaire, mais rarement suffisamment lourd pour qu'ils estiment devoir en parler et se retourner contre leurs anciens amis. Pour le combattant anti-sectes, il faut trouver deux types d'anciens adeptes. Le revanchard, et la victime. Tandis que la victime servira à apporter la preuve nécessaire à l'action en justice, le revanchard, lui, sera le porte parole de la victime, celui qui témoigne de ce qu'il faut pour que tout le monde comprenne que ce qui est arrivé à la victime est monnaie courante dans le mouvement et ne peut être remis en question.

Le problème avec le revanchard, c'est qu'il est contrôlable jusqu'à un certain point, mais peut aussi déraper et commettre des erreurs qui nuiront à la cause.

Un cas d'école : le revanchard ancien scientologue
La scientologie est peut-être le mouvement qui fait le plus de bruit dans notre pays (quoique les Témoins de Jéhovah ont été les premiers pendant longtemps, aujourd'hui c'est la scientologie qui défraye le plus souvent la chronique). Comme les autres, elle a ses détracteurs, mais ceux-ci sont peut-être les plus virulents de la scène mondiale. Dans chaque pays, elle a ses anciens adeptes revanchards en chef. La France ne fait pas exception, et elle a trouvé en la personne de Roger Gonnet un adversaire zélé et endurant, puisque depuis 30 ans celui-ci n'a de cesse de s'attaquer à son ancienne confession.

En 1982, après 8 ans passés à la tête d'une petite mission de scientologie d'une dizaine de membres permanents, Roger Gonnet est excommunié par la maison-mère, qui lui reproche des malversations financières et des falsifications des écritures du Fondateur, Ron Hubbard. Il consacre alors sa vie à la lutte contre la scientologie et sera utilisé par les uns et les autres pour porter haut la flamme de la lutte contre la scientologie.

Le problème, ce sont les erreurs qu'il commet. Récemment l'actualité a de nouveau amené la scientologie sur le devant de la scène, et c'est sur ce terrain que je vais tenter de donner quelques exemples de ce qui peut se produire lorsqu'un ancien adepte revanchard est lancé dans l'arène et échappe au contrôle.

Premier exemple : les petits mensonges qui choquent.
En plein procès de l'église de scientologie, Roger Gonnet enchaîne les interviews. Malheureusement, le discours qu'il tient, s'il est bien rodé dans ses grandes lignes, varie parfois sur des détails qui font tâches. Lors d'un entretien avec Angélique Négroni publié le 25 mai 2009 dans le Figaro, Roger Gonnet déclare "J'ai quitté la Scientologie en 1982. Je leur ai versé au total environ 30 500 euros." C'est, d'après ce que m'a rapporté un ami journaliste irlandais présent à l'audience, ce que Roger déclarera à peu de chose près au tribunal devant lequel il a été cité par la partie civile. Mais dans La Tribune de Lyon du 18 juin 2009, il s'emporte et dérape : "De la base à Ot8 (un niveau de grade chez les scientologues, NdA), j'ai dépensé à peu près 300000 euros, et ainsi de suite jusqu'à OT 15". En plus du brusque changement dans les sommes versées, un ancien adepte me dira que cela est impossible, puisque les grades de Ot 9 à Ot 15 n'ont jamais été disponibles aux adeptes et ne sont censé l'être que dans l'avenir.

Deuxième exemple : les altercations entre revanchards.
Jean-Luc Barbier est à la Suisse ce que Roger Gonnet est à la France. Ancien adepte reconverti dans la lutte anti-scientologie, il a fondé une "association des victimes de la scientologie" qu'il anime tant bien que mal chez les helvêtes. Les deux hommes se connaissent, ils ont chacun leur site, et partagent leurs contacts, leurs articles, et fréquentent les mêmes associations anti-sectes qui ont leurs dépendances tant en Suisse que dans l'hexagone. Mais parfois leurs rapports sont houleux, et quand cela déborde sur internet, la lutte anti-sectes y voit une perte de crédibilité.
Quelques échanges entre les deux hommes sur un forum dédié à la lutte anti-sectes (soc-sectes) :
Roger Gonnet s'adresse à Jean-Luc Barbier : "continue à me faire rigoler avec tes associations, tes "président de ceci et cela", "artiste peintre et musicien. Retourne à ton métier au lieu de te draguer des clients via tes "associations" et tes sites webs fabriqués en piquant les textes des autres sans rien y ajouter dans la plupart des cas; et ne t'occupe plus de la manière dont je fais le boulot, et quand les auteurs râlent, tu tentes de les manipuler avec des observations insultantes d'abord, puis avec toute une série de méthodes que j'éviterai de qualifier, et tu insistes." Jean-Luc Barbier, répond : "vos invectives et diffamations commençaient à m'apprendre bien des choses sur votre personne et me donnaient le sentiment d'être en présence d'une personne souffrant de jalousie." Puis s'adresse a d'autres membres de la communauté internet : "Par exemple dans de récents message M. Roger Gonnet n'a pas cessé d'appliquer les mêmes méthodes que la secte de scientologie: - insultes - termes victimaires ("lavé du cerveau" - "crétinisé" - Va te faire foutre, ... ) - diffamation et calomnie (Tu es un menteur, un voleur etc) - menace ( mon but est bien de "te nuire") - coupure de lien (je te parlerai plus) - autoritarisme (Tu dois me tutoyer) - copyright insensés sur des traductions d'articles qui ne sont pas de sa plume et cela dans le seul but d'empêcher leur diffusion !" Et cela Continue. Roger Gonnet : "C'est to qui dis ça? Attends un peu, je vais finir par dévoiler TES méthodes si tu continues, JLB." Alors Roger Gonnet reprochera à Jean-Luc Barbier d'avoir été aidé grâce à un donateur milliardaire américain pour payer ses procès contre la secte, sur intervention de Roger Gonnet : "alors qu'ils vous ont aidé des années durant à tenter de récupérer du pognon de la secte, et qu'ils ont obtenu une grosse somme d'un mécène pour vos avocats... " Jean-Luc Barbier de répondre : "Aussi je trouve que vos tentatives d'harcèlement de ma personne ressemblent aux méthodes des scientologues. Vous étiez un "capo" de la secte de scientologie et des petits gars comme moi se devaient de vous obéir. J'ignore totalement cette affaire d'aide financière et je me demande si ce n'est pas vous qui avez utilisé cet argent car mes avocats n'ont jamais reçu le moindre centime d'un mécène. (Par ailleurs si cela avait été le cas je me serais empressé de vous remercier en vous rendant visite avec une bonne bouteille)." Et ainsi de suite.

Cela ne vole pas très haut et malheureusement sur Internet, tout le monde peut y avoir accès. Ce cas d'école des revanchards est malheureusement un peu trop fréquent pour les acteurs de la lutte anti-sectes qui tentent tant bien que mal de garder le contrôle sur ces hommes providentiels qui, tout en étant indispensables à la cause, en sont parfois le maillon faible..."

La suite au prochain numéro.

Par Louis
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Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /Juin /2009 15:35
L'unadfi est une association de loi 1901 dont les initiales signifient : Union Nationale des Associations de Défense de la Famille et de l'Individu face aux sectes. 
Tout comme les sectes qu'elle combat, l'Unadfi a ses détracteurs. Mais ce qui a semblé échapper à l'opinion publique, c'est ce que vient de révéler l'observatoire des subventions aux associations : le financement de l'Unadfi...
En effet, alors que les associations d'utilité publique (ce que l'Unadfi est censée être depuis 1996) ont obligation d'être financées majoritairement par leurs membres, on découvre que depuis plus de 10 ans, l'Unadfi reçoit plus de 96% de son financement des finances publiques, par l'intermédiaire de divers ministères. Des millions d'euros payés par le contribuable pour quelques dizaines de milliers payés par des donations de membres ou supporters. 
Cela mène à se poser quelques questions sur l'utilisation de cette association par les ministères qui la soutiennent. En effet, en France, la constitution interdit au pouvoir exécutif de s'ingérer dans les affaires des religions. De plus, la séparation des pouvoirs écarte ce même exécutif (ainsi que le législatif) du champs judiciaire, qui ne peut donc pas se constituer partie civile dans les histoires de sectes et autres casse-têtes politico-judiciaires. 
Mais l'Unadfi, en tant qu'association d'utilité publique, a le droit de se constituer partie civile (d'après la loi sur les sectes "about-picard", du nom de l'actuelle présidente de l'Unadfi et du Sénateur About), ce qu'elle ne manque pas de faire (procès de la scientologie, divers procès contre des médecins "déviants", etc.). Comme les associations d'utilité publique sont censées être financées par leurs membres, on comprend que normalement, elles ne sont pas au service de l'état et peuvent conserver une certaine neutralité, sans mettre en jeu celle des pouvoirs publics. Il en va autrement pour l'Unadfi. Financée à 97% par l'état, elle est en fait le bras armé qui peut permettre à certaines personnes du pouvoir exécutif d'entrer dans les tribunaux sans être reconnus. 
Lors de son passage devant la barre à l'occasion du procès contre la scientologie, une phrase échappe à Catherine Picard, présidente de l'Unadfi : "en fait, notre ministère de tutelle est le Ministère des affaires sociales", déclare-t-elle aux juges. Une phrase qui fait trembler en haut lieu, et qui gênerait un plan qui jusque là se déroulait sans accroc. En effet, depuis 1996, les seules affaires sociales (autorité conjointe du Ministère de la Santé et du Ministère du Travail) ont versé à l'Unadfi 1 million 224 mille euros de subventions. Le Premier ministre depuis 2004 verse 110 000 euros de subventions chaque année à cette association. Il s'agirait de subventions faites sous l'influence de la Miviludes, mission interministérielle rattachée au premier ministre qui poursuit les mêmes objectifs que l'Unadfi, mais ne peut se constituer partie civile. 
Autre détail, depuis plusieurs années, l'Unadfi est appelée à former divers magistrats, notamment à l'Ecole de la Magistrature, sur comment faire condamner les sectes. Un entrisme de l'état dans un pouvoir judiciaire censé être indépendant. Des pratiques, qui, si elles étaient généralisées et étendues à d'autres domaines, mettraient réellement en péril la séparation des pouvoirs au coeur de notre constitution.
Par Louis
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